Le vingtième siècle d'un village pyrénéen - Habitat - Histoire de Mosset

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Le vingtième siècle d'un village pyrénéen - Habitat

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HABITAT

Le village, le plus important de la vallée de la Castellane, compte, en ce début du 20ème siècle, 860 habitants. Le maire en est Joseph Corcinos et son adjoint Pierre Arrous. A cette époque, on ne recensait pas seulement les habitants mais également les bêtes d'élevage et nous savons, par les archives de la Mairie, que le cheptel était de 1300 brebis et de 84 vaches. En fait, il s'agit du bétail déclaré pour l'accès aux pâtures communales. Le bétail réel était beaucoup plus important.

Depuis l'origine, les maisons du village sont serrées les unes contre les autres, comme si elles voulaient se protéger mutuellement. Étant donné la pente sur laquelle le village a été construit, ces maisons n'ont, en général, qu'une façade ouverte sur l'extérieur, ce qui fait que s'il y a des pièces dans le fond, ces dernières sont obscures. Ce sont des alcôves.

Mosset ayant été un village fortifié, certains murs d'enceinte demeurent encore et notamment les anciennes portes de la ville. Les murailles ont éclaté car le village s'est étendu, en particulier du côté des Cabanots et vers Las Aires, mais nous avons toujours le Portal de France, de Ste Madeleine et de Coume Gelade et ces anciennes portes seront toujours là à la fin du siècle, tout comme le Grand Portal du château qui sera agrandi.

Naturellement, toutes les maisons du village sont occupées par les familles qui sont souvent regroupées en trois générations. Comme le village compte beaucoup de familles nombreuses, la place dévolue à chacun est parfois restreinte et on se retrouve à plusieurs dans une même chambre. Cette dernière est partagée souvent entre enfants et grands-parents.

On comprendra facilement pourquoi les enfants vivent beaucoup à l'extérieur. Ils sont à l'école, dans les rues du village ou aux champs ; les enfants ne restent à l'intérieur que contraints et forcés. D'ailleurs, les adultes les encouragent à rester à l'extérieur et cette liberté, inconnue des citadins, est un avantage considérable pour nos jeunes ruraux. La rue, la campagne, les animaux, sont une source d'éducation incomparable, l'école de la vie, complémentaire de celle de l'enseignement. Nos jeunes paysans ont compris, dès l'enfance et grace aux animaux, les mystères de la reproduction et les naissances dans les choux ou l'apport des cigognes (d'ailleurs inconnues à Mosset) ne sont que billevesées.

La maison comporte généralement trois niveaux. Le rez-de-chaussée, en terre battue ou mal pavé, est réservé aux animaux : vaches quand elles ne sont pas en transhumance, chèvres, cochons, lapins, poules ; le premier étage est occupé par la famille : c'est le lieu de vie avec cuisine-salle à manger, chambres ou alcôves ; le deuxième étage est souvent partagé en chambres et grenier.

Cette disposition présente un double avantage : la chaleur des animaux est bénéfique à la maison, le grenier isole du toit. Les relents des étables n'incommodent personne car le sens olfactif des mossétois est depuis longtemps habitué à ces "parfums".

Naturellement, les sols sont des planchers, parquet ou grosses planches et le plafond en plâtre n'existe pas d'où pas d'isolation entre les différents niveaux et pas d'isolation sous le toit. Or, les hivers sont parfois rudes en Conflent et le seul moyen de chauffage de l'époque était le foyer de la cuisine alimenté par le bois, surtout de grosses bûches qui tenaient longtemps.

Le bois, qu'il fallait souvent réapprovisionner, provenait, soit de la propriété du paysan, soit de l'affouage communal. Tous les ans la commune désignait un lot forestier où les arbres à abattre étaient marqués par le garde, lot dans lequel les villageois allaient s'approvisionner en bois de chauffage. L'attribution se faisait en nombre de stères par foyer, une dizaine de stères en général.

Dans chaque maison il y avait bien une bassinoire ou chauffe-lit mais on ne s'en servait pas tellement et, dans les chambres, la température avoisinait parfois les 4 ou 5 degrés.

Pour en revenir à l'âtre, on pourrait dire que c'était le point central de la maison tout au moins en hiver. Le manteau de la cheminée était haut pour que la ménagère puisse s'approcher du feu sans se courber et cette disposition ne facilitait pas le tirage. Pour ne pas s'enfumer il fallait souvent laisser la porte entrouverte pour un appel d'air. Naturellement, ce courant d'air ainsi établi était froid et, au cours des longues veillées d'hiver, on avait coutume de dire "on rôtit devant et on gèle derrière".

Ces veillées étaient un moment privilégié mais en hiver seulement. La famille se réunissait près du feu, on invitait souvent des voisins, on faisait griller des châtaignes, on racontait des histoires, on faisait le café pour le lendemain matin; les hommes y discutaient affaires ou élevage, on lisait le journal en commentant un ou deux articles, les enfants faisaient leurs devoirs sur la table de la cuisine ou apprenaient leurs leçons ; les femmes ne quittaient guère leurs aiguilles à tricoter car tout ce qui était en laine était fait à la maison, en particulier pull-overs, chaussettes et bas que nos ménagères tricotaient à quatre aiguilles ; bref c'était un moment de détente après les fatigues et les soucis de la journée. On peut dire également que l'on compensait l'absence de cinéma en rapportant les rumeurs et ragots du village, on en rajoutait parfois, mais je ne crois pas qu'il y avait réellement de la méchanceté. Il arrivait qu'on plaisante largement sur telle ou telle dispute ayant entraîné une grave fâcherie entre deux sœurs, entre deux voisins, en somme sur ce qui était "le fait du jour".

Pendu à la crémaillère de la cheminée il y avait quelque fois le "parol", chaudron dans lequel cuisait la nourriture des cochons. Le parol est en cuivre; à ne pas confondre avec "l'ouille" qui est en fonte , les deux ayant un semblable usage: les cuissons importantes.

La cohabitation hommes et bêtes, si elle ne posait aucun problème interne, était parfois gênante à l'extérieur. Les poules, en l'absence de vrais poulaillers, vivaient souvent à même la rue et ne rentraient que le soir, à l'appel de la propriétaire qui leur distribuait quelques graines. Je laisserai de côté, provisoirement, la présence des cochons car je développerai cet élevage plus loin. Sauf à être cantonnés dans les étables, caprins, ovins et bovins contribuaient largement, lorsqu'ils étaient nombreux au village, à la souillure des rues. Les bouses de vache ou crottes de bique étaient monnaie courante dans les artères du village. Ces artères étaient en terre battue ou mal pavées et les ménagères devaient se donner beaucoup de mal pour y observer un semblant de propreté.

En été il n'y avait pas un seul mouton au village et fort peu de vaches ; par contre, des chèvres, il y en avait toute l'année car bon nombre d'habitants n'avaient pas de propriété où acheminer le bétail. La commune nommait donc un chevrier "cabrer", chargé, tous les matins, de rassembler le troupeau communal et de l'emmener paître jusqu'en fin d'après-midi sur les pâtures communales. Pour rassembler son troupeau il passait dans les rues, sonnait de la "corne" et les chèvres, libérées par leur propriétaire et qui connaissaient ce signal, se rassemblaient sur la place, point de départ de la journée. Au retour, ces braves bêtes regagnaient seules leurs étables respectives.

Cette pratique subsistera jusque vers les années 60 pour les chèvres, quant au poules elles disparaîtront petit à petit totalement des rues. Le village va s'assainir et nombre d'étables et granges vont se transformer, au cours des ans, en de très jolies maisons, ce qui signifie que le nombre de bâtisses habitables est, de nos jours, bien plus important qu'au début du siècle alors que la population permanente a été divisée par quatre. Beaucoup de ces maisons sont inoccupées, certaines toute l'année, d'autres neuf ou dix mois sur douze.

Pourquoi cette désertification, notamment des terres d'abord et de l'habitat ensuite ? Je vais essayer, modestement, d'apporter plus loin, une explication à ce phénomène qui n'est pas propre à Mosset mais qui est l'apanage de la campagne française.

Mais revenons au début du siècle et voyons quels sont les premiers événements, les décisions collectives qui vont commencer à troubler l'ordre établi. Cet ordre qui paraissait immuable car nos paysans s'y étaient installés, non pas confortablement mais par nécessité car telle était la vocation du village. Les esprits n'évoluaient que très lentement et quitter la terre nourricière quand on était propriétaire, même petit, n'était pas envisageable. Pour aller où ? Pour faire quoi ? Non ! le paysan mossétois n'avait pas l'esprit aventureux et, attaché à son village, il n'envisageait pas la vie ailleurs.

 
Mis à jour le 03/02/2017
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