Guerre 1939-1945 - J.J. Ruffiandis - Histoire de Mosset

Rechercher
Aller au contenu

Menu principal :

Guerre 1939-1945 - J.J. Ruffiandis

XXe siècle > Guerre de 1939-45

Jacques Joseph Ruffiandis, le pétainiste

1939-1940 - Le Lieutenant Colonel et la défaite

Le 3 septembre1939 le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l' et la France déclarent la guerre à l'Allemagne.

«Rappelé à Narbonne le 26 août 1939, le lieutenant-colonel Ruffiandis y prend le commandement du groupe d'unités d'instruction du 16e corps d'armée.
Le 7 novembre 1939  il arrive en Haute-Marne à Latrecey amenant un bataillon d'instructions du 15e et un autre du 81e.
Le 25 février 1940 sa formation remaniée comprend trois bataillons, le 21e BI du 15e d'Albi, le 21e BI du 159e de Briançon, le 21e BI de la septième demie brigade de chasseurs de Grenoble.
Tout l'hiver se passe dans une action néfaste sur le moral ; nous ne pouvons pas faire de l'instruction en faute de munitions et de champs de tir ; aussi on nous emploie à faire des baraques pour les troupes allant au repos, baraques qui ne serviront jamais aux Français. Je suis écœuré : emplois du temps déprimant et dégradant, discipline relâchée, circulaires contradictoires ; il faut distraire de soldats non mécanisés, pour un peu on peut lui demanderait s'il n'a pas de revendications à formuler.
Le 10 mai 1940 nous sommes à Poissons ;la gare de Joinville en Vallage reçoit des bombes ; nous apprenons que l'offensive allemande commence sur notre frontière nord est.
Les trois bataillons de s'intégrer à la huitième division pour porter le nom de 16e demi-brigade de chasseurs.
La situation de nos armées et terribles, en 12 jours tout semble perdu.
Nous n'avons que 15 cartouches par homme, trois mitrailleuses par bataillon au lieu de 16 ; nous n'avons pas un seul canon antichar ; non vraiment nous n'étions pas prêts pour cette drôle de guerre. Ce qui nous ont engagé dans cette tourmente porteront devant l'histoire une lourde responsabilité

À partir du 10 juin replie vers le sud. Le 16 nous passons le Loing au nord de Montargis déjà occupé par des forces blindées ennemies.
Le 17 nous atteignons la Loire entre Sully et Gien. Je peux de justesse franchir le fleuve. Le 22 juin nous atteignons la Haute-Vienne.
Le 25 nous apprenons que notre calvaire militaire a pris fin. Le maréchal Pétain a pu obtenir un armistice. Les trois quarts de la France sont occupés, notre flotte et nos colonies sont indemnes.
Il me reste 275 hommes sur les 3000 que j'avais le 10 mai.
Le 29 juillet je suis rendu à la vie civile, je reviens à Perpignan la tristesse au cœur et la honte au front.
Nous sommes un peuple battu et battu par notre faute !
Pendant que de 1935 à 1938 nous sombrions en pleine veulerie nationale l'Allemagne se relevait travaillait s'armait.
Ces années d'après-guerre vont être des années de confusion des esprits, d'inquiétude des cœurs, de désunion des bons Français.
Le maréchal Pétain est investi des pleins pouvoirs le 9 juillet 1940 à Vichy par l'assemblée nationale, députés et sénateurs. La France se sauvait de l'occupation totale par ce chef serein, va-t-elle se reprendre malgré la gravité de l'heure ?
Le président du conseil Pierre Laval est partisan d'une politique de rapprochement avec l'Allemagne. Que va-t-il advenir de nous peuple vaincu !
»

(Extrait des manuscrits rédigés par J.J. Ruffiandis)

Le Chef Départemental de la Légion Française des Combattants

La Légion Française des Combattants résulte de " la loi du 29 août 1940 pour promouvoir la Révolution Nationale, la défendre et, si nécessaire, l'imposer. Elle regroupe d'autorité, sans discussion, toutes les Associations d'Anciens Combattants dissoutes d'office le même jour. Le Maréchal Pétain la préside et les Légionnaires sont liés à lui, le vainqueur de Verdun."
Dans le département des Pyrénées-Orientales, elle est créée le 19 septembre 1940 et avec "à sa tête un authentique héros de la Première Guerre Mondiale, le Colonel de réserve Ruffiandis." (24)
Nommé "à son insu" J.J. Ruffiandis se donne en totalité à l'institution qui lui  permet de "contrôler toute la vie politique du département. En octobre il organise une première grande réunion au théâtre municipal. Elle se termine en apothéose."(26)
En 4 mois, énergiquement il met en place l'organisation départementale. " Il est difficile d'évaluer exactement ses effectifs qui dépassèrent le millier mais sa ligne politique fut si j'ose dire : "Le Maréchal d'abord, le Maréchal ensuite, le Maréchal toujours ! " (23)
A Mosset qui est une des premières communes dans laquelle une délégation spéciale est nommée, J.J. Ruffiandis serait intervenu pout faire nommer Isidore Monceu à sa présidence à la place d'Isidore Ville.(1871-1959) initialement présenti.
Isidore Ville n'est pas un Pétainiste pur et dur. Au décès de Jean Grau (1883-1943), il prononça quelques mots qui signalaient, discrètement, l'action clandestine du disparu qui était "boîte aux lettres" entre Prades et le maquis du "clot d'Espagne".C'était Deixonne qui portait à bicyclette les messagesde Prades jusqu'à "San Barthomeu."
Dans chaque village, la Légion a un correspondant et dans les plus importants un Foyer qui a pour but de venir en aide aux familles de prisonniers de guerre.
La mission de le Légion est de "régénérer la Nation, par la vertu de l’exemple du sacrifice de 1914-1918" formulation nationaliste correspond parfaitement au tempérament de J.J.Ruffiandis. L'idéologie de Vichy s'exprimait par la notion de Révolution Nationale qui repose sur une double opposition au libéralisme, qui avait causé des ravages en 1929, d'une part et au socialisme d'autre part. C'est dans ce cadre qi'il faut rassembler et que J.J. Ruffiandis fustige l'égoïsme des uns et des autres. Il "recherche avant tout l'unité française qui seule peut nous sauver." Mais il a du mal a faire prévaloir son point de vue : "La masse des français ne comprend pas."
Sa confiance en Pétain, qui "seul peut sauver la France," est totale et elle le restera. Il reporte les erreurs du régime sur l'entourage du chef de l'état, formé "d'équipes d'hommes peu qualifiés." Il oublie qu'il a pourtant les pleins pouvoirs.
Il maudit l'Angleterre "qui a attaqué notre flotte à Mers el Kébir, puis à Dakar, poursuivant peu à peu la conquête ou plutôt le rapt de nos colonies . Ils sont d'ailleurs aidés par des Français que leur germanophobie rendent traîtres à la parole donnée. Enfin le 8 novembre 1942 le Maroc et l'Algérie tombent au pouvoir des Anglo-américains aidés de généraux français qui croient faire œuvre patriote en aidant les ennemis de l'Allemagne." Le respect total des conditions de l'Armistice nous aurait évité l'occupation de toute la France, la perte totale de notre flotte par le sabordage de Toulon, la dissolution totale de notre armée. « Que nous reste-t-il à perdre, l'honneur ? ».(26)

A la retraite depuis le 1er octobre 1942, il paraît découragé, par "un vrai déferlement de l'égoïsme individuel, un régime libéral sous lequel nous vivons depuis longtemps" et par la dégradation des conditions économiques. Aurait-il envisagé d'abandonner ? La fuite n'est pas dans sa nature. Il l'a montré en 14-18. Et "en janvier 1943 la légion continue. Je reste au poste de chef départemental, car l'union reste encore à faire, elle est le seule peut nous sauver."(26)
Et le 14 avril 1943, il y est encouragé : il est reçu à Vichy à l'hôtel du Parc par le maréchal Pétain : "je déjeune à la droite du grand chef qui se montra à mon égard d'une grande amabilité. Je suis heureusement réconforté par la sécurité et la largeur de vue du Sauveur de la Patrie. Quel dommage qu'à côté de ce chef serein se trouve des ministres sans aucune autorité... Nous assistons à une véritable chute de la moralité."

Qu'était le pétainisme au début de 1943 ? Que prônait Pétain ? Quel avenir proposait-il à la France ? Quelle était sa solution ?

Selon l'historiographie récente (Pétain - Wikipedia), Pétain était guidé par le désir du pouvoir. C'est ce désir qui l'a poussé à l'armistice et à l'entente avec le vainqueur. Ils se trompe sur les priorités : réformer la France sous l'oeil de l'occupant ou chasser auparavant l'allemand du pays ? L'orientatio prise conduit en août 1943, François Valentin, chef de la Légion Française des Combattants, à rejoindre de Gaulle. François Valentin avait participé le 21 avril 1941 au congrès de la Légion Française des Combattants à Perpignan aux  côtés de J.J. Ruffiandis.

Pour essayer de comprendre J.J. Ruffiandis il y a deux types de documents : ses mémoires (26) et ses allocutions pronocées comme chef des le Légion des Combattants.(14)

Legion des Combattants
Allocutions du chef des le Légion des Combattants

Ces allocutions sont fondamentales. On en compte 5 :
1 - Allocution du 7 juillet 1941 - Hommages à notre Roussillon - aux jeunes !
2 - Allocution de Novembre 1941 - Première réponse à certaines critiques.
3 - Allocution du 30 décembre 1941 - Le chef.
Le chef "aura des amis peut-être, mais n'aura pas de créatures et ne sera la créature de personne."
"Le chef qui sait bien, qui connaît clairement les buts et les moyens, le chef qui a longuement médité sa décision et qui est illuminé à la vérité, peut vouloir."

4 - Allocution du 3 janvier 1942
- Deuxième réponse à quelques critiques.
Ce discours est la preuve de l'aveuglement de J.J. Ruffiandis : son inconditionnalité totale à l'égard du Maréchal., l'absence du moindre esprit critique.
"Oui, avant tout, il faudra être discipliné et obéissant. C'est si facile d'obéir quant on est l'homme du maréchal !
Il pense pour nous, il raisonne, il discute, il étudie les problèmes les plus divers, intérieurs et extérieurs et nous n'avons qu'à suivre ; il nous épargne même le souci de se décider devant plusieurs alternatives ; cela paraît difficile aux Français raisonneurs et c'est si simple pourtant quand on a confiance au chef si lumineusement profond que la providence nous a envoyé au moment de notre plus grand malheur.
Soyons donc, camarades légionnaires, et vous tous, mes chers compatriotes, les hommes du Maréchal.
Lisons ses allocutions, ses suprêmes pensées toutes imprégnées d'une sagesse quasi-divine. Soyons ceux qui mûriront ses profondes paroles et faisons en la directive morale de toutes nos actions.
Comme lui, faisons à la France le don de notre personne pour atténuer son malheur.
Tirons la leçon des batailles perdues ; n'oublions pas que depuis la victoire, l'esprit de jouissance l'avait emporté sur l'esprit de sacrifice. On avait revendiqué plus que l'on avait servi.
La terre, elle, ne ment pas ; c'est par un redressement intellectuel et moral qu'il nous a conviés d'abord. Le redressement ne peut s'accomplir que dans la confiance aidant la foi !
Il faut rallier les hésitants, brisant les forces hostiles et les intérêts coalisés, en faisant régner dans la France nouvelle la véritable fraternité nationale.
Ainsi 1942 s'ouvre pour nous sous le triple signe : Travail, discipline, confiance.
Aux impatients, je dis : " Attendez les ordres du Directoire, ne prenez pas la sagesse pour de la lenteur."
Aux toujours aigris, je dis : " Nous avons besoin de dévouement mais pas de conseils ni de critiques."
À l'œuvre tous, c'est plus que jamais nécessaire pour que la France vive quand cessera la tempête d'acier d'un monde en folie.
Vive notre Maréchal !
"

5 - Allocution du 27 janvier 1942 - la Révolution Nationale, travail, famille, patrie.(Extraits)
Quelques pensées après un an de direction de "l'union du Roussillon."
" La révolution nationale doit être gagnée du premier coup ; si une deuxième défaite s'ajoutait à celle de juin 1940, la France ne s'en relèverait pas, elle risquerait de devenir, économiquement au moins, une colonie de l'étranger...  La France n'existerait plus comme nation."

" Le chef qui pense les commandes, nous l'avons. Nous avons le maréchal Pétain.
Depuis l'Évangile, nous n'avions jamais entendu pensée plus élevée, plus belle et surtout plus simplement humaine ; jamais ordres ne furent plus logiques et plus clairs.
Depuis le Christ, jamais chef ne fut plus près de ce qui forme la base même de la Nation.
"

Dans le domaine de l'idéologie, la Révolution Nationale se propose d'écarter les extrêmes : " Le libéralisme avait recherché un accroissement de la production, le socialisme et le communisme le seul bien-être matériel ; la Révolution Nationale proclame que les travailleurs ont, tous, la même dignité, la même personne morale, le même droit à une place dans le cadre de la communauté nationale.
Et dans cette communauté, tous ont le devoir de travailler et tous ont également le droit au travail
."
Hors du libéralisme, hors de l'étatisme, des lock-out et les grèves seront interdites, Des tribunaux du travail arbitreront, patrons et ouvriers ne seront pas opposés, ils s'accorderont sur l'intérêt général dans une espèce d'autogestion, pour faire place à la compréhension puis à l'estime, puis à l'amitié.
Il souligne cependant que la retraite de vieux travailleurs, promise puis refusée par quatre législatures, a été accordé par le Maréchal.

Ces allocutions font largement appel à des discours du chef de l'État infaillible comme un Dieu.. J.J. Ruffiandis a été le Pétain du Département, le véritable clone du Chef de l'état.

Mais si J.J. Ruffiandis n'a pas officiellement changé et si son allégeance à Pétain n'a pas été démentie, il semble avoir pris de la distances vis à vis de la Légion à partir de 1943. Son dernier discours de 1942 n'a pas eu de suite. La référence à la Révolution Nationale est disparue. De la Légion sont nés le SOL (Service d'ordre légionnaire ) puis la Milice qui ne correspondent pas à son humanisme de base.
Même s'il adhère à un État conservateur, autoritaire et voulant rassembler les Français il est opposé à l collaboration. On peut même se demander s'il na pas douté de la politique très ambiguë, parfois collaborationniste de Pétain.  .
Ses  mémoires sont muettes , à partir de 1943, sur cet aspect.

La libération
Dans ses mémoires (15 et 26) datées de décembre 1945,il écrit :
« En juin 1944 les anglo-américains débarquent en Normandie. Pendant ce temps des Français patriotes de gênes par leur action les communications, les liaisons et le ravitaillement des Allemands.
Le 19 août notre Roussillon est enfin libéré, l'ennemi fuit vers le nord pour échapper à l'encerclement. Courts combats de rue contre les derniers éléments et contre les miliciens
. »

Marcel Grau (1924-2008) affirme, le 25 novembre 2000, que J.J. Ruffiandisa averti sa mère Mosset qu'il avait été dénoncé à la milice. Il ajoute que J.J. Roufiandis, dont les bureaux de la légion étaient proches d'organismes clandestins de la résistance, a été des aviateurs anglais à rejoindre l'Espagne.

Revolution Nationale
Arrestation et condamnation

A la suite du débarquement des forces alliées en Normandie en juin 1944 puis le 15 août en Provence, les forces allemandes quittent le Département et Perpignan est libéré le Dimanche 19 août 1944.  


24 août 1944 - Arrestation

" Le 19 août notre Roussillon est enfin libéré, l'ennemi fuit vers le nord pour échapper à un encerclement. Courts combats de rue entre les derniers éléments et contre les miliciens.
Le 24 août, je suis arrêté à la préfecture et amené au poste de police ; le 26 j'échoue à la citadelle au même local où était ma compagnie en 1910.
Bientôt nous serons plus d'un millier d'honnêtes gens emprisonnés avec quelques douzaines de franches canailles : agent de la Gestapo, espion, dénonciateurs à gage
."(15 et 26)


Jugement
Trois tribunaux d'exception sont créés :
La Haurte Cour de justice
pour les membres des gouvernements.
Les Cours de justice pour tout-venant relevant du code pénal.
Les Chambres civiques pour le reste
Elles sont créées par l'ordonnance du 26 août 1844. En France sur 70000 personnes qui comparaissent, 30000 sont condamnées à la dégradation nationale

Emprisonnement

"Je suis resté 25 jours en cellule, puis dans une chambre étroite pendant deux mois. Du 25 novembre 1944 au 13 août 1945, je suis resté au camp de Rivesaltes puis enfin jusqu'au 22 octobre suivant au camp de Noé dans le département de la Haute-Garonne, d'où j'ai été libéré avec interdiction de résider à Perpignan jusqu'au mois d'avril 1946.
Le 12 juin 1945, la chambre civique de Perpignan m'a condamné à cinq ans d'indignité nationale et le ministre de l'éducation nationale a suspendu mes droits à la retraite pour cinq ans.
Voilà la récompense de 58 ans d'honnêteté et d'amour de la Patrie, de ma conduite pendant deux guerres et de mes quatre années de dévouement à la cause des malheureux de notre départemen
t." (15 et 26)


Le pardon
" J'ai pardonné au fond de mon cœur de chrétien, aux membres du comité de libération, qui ne libérèrent rien du tout et qui me firent arrêter; J'ai pardonné à tous ceux qui m'ont accusé à tort. J'ai pardonné enfin à tous ceux qui m'ont gardé 14 mois derrière les fils de fer barbelés comme un fauve." (15)

16 août 1947- loi d'amnistie
Cette loi est suivie par celles du  5 janvier 1951 et celle de 1953.
Les honneurs ne sont pas rendus aux amnistiés. Ils ne sont pas réintégrés dans leurs fonctions et grades dont ils ont subi la déchéance, comme par exemple pour la Légion d'honneur et les décorations..

14 août 1948  - Première édition ronéotypée de la monographie " Un vieux village : Mosset. ". Cette édition a probablement été assurée par Paul Assens à la SEFT..

Du 22 juillet 1953 au 08 1953 - Articles dans le journal L'Indépendant signés J. Dufrasini..

21 novembre 1956 - Décès à Perpignan à l'âge de 69 ans.

23 novembre 1956 - Inhumation à Maury

Edition d'une brochure non référencée de 16 pages : "In memoriam." dans laquelle ses amis lui rendent hommage.

Mosset Un vieux village
In memoriam Citations

Jacques Joseph Ruffiandis
est décédé à Perpignan le
21 Novembre 1956.
Il est inhumé au cimetière de Maury
.


Ses amis, ses camarades lui ont rendu hommage et ont édité l'opuscule ci contre.
On note les signatures de

Joseph Sauvy
Pierre Capra
J.Ph.Danes
Marcel Laborde
Dominique Arrous
Adolphe Arrous
Ludovic Massé
Lucien llense

J.M. Madelaine
B. de Belot
Jean Vidal

Chanoine Riu
Joffre
de Langle de Carry
Gouraud
Touchon

In Memoriam
Jacques Joseph Ruffiandis - Un Humaniste catalan de Michel Arrous

Un humaniste catalan

Jacques - Joseph RUFFIANDIS (1887-1956)


par Michel ARROUS (Le journal des Mossétans N° 5 de janvier-février 1999 )
Michel ARROUS est né à Mosset. Professeur des Universités. Directeur du Centre d'Études
Stendhaliennes et animateur de HB, revue internationale d'études stendhaliennes.

"Igual una ombra en el sol del cami
ma primavera ara es perduda.
No sents, cor meu, com el passat en mi
poc a poquet s'atuda
?
"
J.S PONS.


L'an passé Mosset aurait pu fêter le centenaire d'un de ses fils, comme le Roussillon d'ailleurs, puisque catalans et catalanistes, amateurs d'histoire ou de musique, comptent au nombre des leurs Jacques  Joseph Ruffiandis.

Il mérite d'être honoré à Mosset, où sa famille s'installa à la fin du XVe siècle, et dont il fut le premier historien. Au long de ses recherches, il eut le loisir d'esquisser la lignée qu'il illustra plus qu'aucun autre. Rêvant à quelque commerçant turc ou grec que le destin aurait fixé à Mosset, il put préciser que certains de ses ancêtres avaient été ouvriers métallurgistes, maîtres chirurgiens, docteurs en médecine, agriculteurs installés à Saint-Julien, puis propriétaires de Corbiac de 1820 à 1936. C'est son grand-père, mort en 1891, qui fera porter la petite vierge primitive à l'église de Mosset. Quant à lui, né dans la pittoresque "llotge", il quitta le village en 1889 quand ses parents s'installèrent "grangers" à Rivesaltes, puis au mas du Haut-Vernet où naquirent ses deux frères et sa soeur. Ses vacances d'été, il les passait au cortal de ses grands-parents maternels, à "Las Iules", sur le plateau de la Rabouillède ; les autres, dans les vignes autour de Perpignan où il se louait pour pouvoir acheter Ruy Blas ou Hernani à 0,50 F l'opuscule. Une scolarité au cordeau le conduisit du certificat d'études (1899) à l'École Supérieure, puis à l'Ecole Normale d'Instituteurs où il fut admis en 1906. Il y manifesta pour la musique un goût et un talent si indéniables qu'il lui arriva de diriger les choeurs de l'École en l'absence de Gabriel Battle, titulaire de l'orgue de Saint-Matthieu, maître grâce auquel il découvrit Bach. C'est à cette époque qu'il entreprit l'étude de l'harmonie. En juillet 1907, reçu au brevet supérieur, il quitta l'école pour son premier poste dans l'enseignement, en tant qu'instituteur-adjoint à
Céret. Il n'en continua pas moins à étudier les sonates de Haendel. A la rentrée de 1910, il est nommé
à Canet et, selon la pratique d'alors, effectue sa préparation militaire qu'il termine avec le grade de
sous-lieutenant.

La Grande Guerre va faire de ce pédagogue passionné de lecture et de musique un meneur d'hommes et un combattant héroïque dont les Carnets d'un ancien du 53e, dédiés en 1934 à ses camarades catalans morts en Lorraine, en Belgique, en Champagne, à Verdun, sur la Somme (avec une épigraphe empruntée à Josep-Sebastià Pons : " com an els pobres morts se'ls porta l'oferta "), retracent sans vaine enflure une histoire tragique ponctuée de citations à l'ordre des Armées. Dès sa démobilisation, il renoue avec ses fonctions à La Tour de France. Il deviendra directeur de l'École Annexe de Perpignan, et, à la déclaration de guerre, quittera à nouveau l'enseignement pour revêtir l'uniforme aux galons de lieutenant-colonel, commandant du dépôt d'instruction de Narbonne, puis commandant de la XVIe demi-brigade de chasseurs pyrénéens à la tête de laquelle il s'illustrera dans l'Aisne et en forêt de Villers-Cotterêts. Fait prisonnier, il s'évadera, rejoindra les Pyrénées-Orientales où, sans l'avoir demandé, précisons-le, il sera nommé par le régime de Vichy président de la Légion des combattants. Nomination qui lui vaudra à la Libération cinq années d'indignité et de soucis matériels : vingt-cinq jours de cellule à la citadelle de Perpignan, là même où, le 3 août 1914, lui avait été confié le drapeau du 53e, puis un premier internement à Rivesaltes, du 25 novembre 1944 au 13 août 1945, et un second au camp de Noé (Haute-Garonne) qu'il quittera libre le 22 octobre. D'où une amertume profonde que n'aura pu apaiser l'hommage, hélas posthume, de résistants outrés pas cette infamie. Amertume aggravée en 1946 par le drame de la disparition de son fils cadet, Jean, mort pour la France à 23 ans. Il lutta, en travaillant à sa monographie, Un vieux village : Mosset. A ce jour, ce beau travail a connu deux éditions : l'originale, publiée en 1948 sous forme d'exemplaires ronéotypés, la seconde dans la revue Conflent en 1961 et 1962.

Aujourd'hui, bien que des historiens chevronnés s'intéressent à Mosset, (M. Brunet, R. Sala, G. Moler, A. Catafau, etc.), les recherches menées par J.-J. Ruffiandis conservent toute leur valeur car les spécialistes des vingt dernières années n'ont guère apporté de nouveau, ni fait de révélations tant il avait sérieusement travaillé, aux archives de Mosset, à celles du Département, et dans le Cartulaire d'Alart. Sa bibliographie n'omet aucun nom important : Capeille, Vidal, Delamont, Henry, l'abbé Toreille. Scrupuleux, il sonde les annales de Felin de la Pena, les chroniques de Pujades, ou les mémoires de Muntaner. A ces références capitales s'ajoute le souci du détail révélateur : sa lecture attentive du " règlement du ruisseau dit de Molitg " (1721) lui permit de mieux comprendre, à travers des conflits locaux, les raisons de la mentalité vindicative et procédurière des mossétans ; de même, le dépouillement du registre consulaire de Mosset ou du Nombrement dels fochs de Catalunya (1359) lui permit d'établir les bases de ses calculs démographiques et statistiques. Autre qualité qu'il convient de relever : sa curiosité toujours en éveil, au service d'une analyse et d'une pratique historiennes pertinentes et modernes, comme le prouve son intérêt pour les inventaires après décès, les extraits de contrats de mariage ou de fermage au XVIe siècle, les actes de pardon relevés de 1560 à 1584, y compris -chose rare- l'excommunication du curé de Mosset en 1583 !

Pour le XVIIIe siècle, il s'est surtout penché sur la vie économique, communale et familiale des habitants de la vallée. Voici quelques-uns uns des exemples étudiés : le curé François Portell qui eut la charge de la paroisse de 1734 à 1777, les maîtres d'école de 1757 à 1789, la Révolution - il lut à la bibliothèque municipale de Perpignan la correspondance de Sébastien Escanyé, homme de loi né à Mosset en 1759, élu à l'Assemblé Législative -, l'épisode des guerres révolutionnaires (1793) et le fameux différend qui opposa périodiquement la communauté de Mosset à son seigneur de 1680 à 1750, de 1761 à 1772, de 1778 à 1782, dans ce qu'on pourrait nommer l'affaire de la loi Stratae, ensanglantée en 1806 par un double assassinat perpétré par des journaliers de Mosset, et qui s'acheva à l'amiable en 1861. L'instituteur de la IIIe République se préoccupa bien évidemment de l'école d'avant Jules Ferry, en étudiant les efforts de la commune pour appliquer la loi Guizot dès 1833… mais la première école digne de ce nom ne fut installée qu'en 1848. Ajoutons que le manuscrit comporte un appendice inédit sur Campome et Molitg que nos voisins devraient s'employer à publier.

Ce goût pour l'histoire locale, J.-J. Ruffiandis l'a élargi à l'étude de la civilisation catalane, particulièrement aux Almogavares qui menacèrent vers l'an 1300 l'empire de Constantin. En 1951, il consacre un essai à ces hommes de guerre aventureux, sous le titre : Expédition des routiers catalans en Orient au début du XIVe siècle, rédigé dans un style clair et solide, d'une écriture souple et déliée - l'École formait alors de "belles mains" !- sur un cahier d'écolier, comme tous ses autres travaux, et illustré d'une carte précisant les mouvements d'invasion.

Revenons sur son amour et sa pratique de la musique. Instrumentiste, musicologue, mais aussi compositeur formé aux leçons d'un maître réputé, l'altiste Benoît du célèbre quatuor Capet, J.-J. Ruffiandis vivait aussi pour Bach, Mozart, Beethoven surtout, Chopin, ou Mendelssohn. Cette passion qu'il sut transmettre à ses deux fils l'a mené à l'étude de l'harmonie et de la composition. On la retrouve dans les quatre messes qu'il a composées -l'une d'entre elles a été donnée à la cour de Suède- et dans ses quatuors à cordes où le violoncelliste qu'il était s'exprimait pleinement. Enfin, pour témoigner de la force du lien qui l'attachait à sa terre et à la musique, il a consacré un essai historique et technique à La musique en Roussillon (1950) dont M. Henri Ruffiandis, son fils aîné, m'a obligeamment permis de consulter le manuscrit qu'il serait souhaitable d'éditer car il renferme des trésors de musique populaire, des temps reculés à nos jours, de Pierre de Corbiac à Pau Casals.

Aussi ardent défenseur de son pays que du patrimoine régional, fervent historien de Mosset, la petite patrie qu'il n'oubliait pas de retrouver à ses congés et pendant sa retraite, et qu'il a souvent
représentée dans de précieux dessins à la plume, Jacques-Joseph Ruffiandis fut un catalan humaniste.

Signature
Ruffiandis Signature
La Llotja
llotja
Articles manuscrits édités dans le JDM par Jean LLaury

N°17

Janvier 2001

Vavances mossétanes (1/2)

Voir

N°18

Mars 2001

Vavances mossétanes (2/2)

Voir

N°21

Septembre 2001

La foire de septembre vers 1900

Voir

N°26

Juillet 2002

Histoire de Molitg-les-Bains

Voir

N°55

Mai 2007

Souvenirs d'enfance (1)

Voir

N°56

Juillet 2007

Souvenirs d'enfance (2)

Voir

N°58

Novembre 2007

Souvenirs d'enfance (3)

Voir

N°60

Mars 2008

Souvenirs de jeune citoyen (1)

Voir

N°62

Juillet 2008

Souvenirs de jeune citoyen (2)

Voir

N°63

Septembre 2008

Souvenirs de jeune citoyen (3)

Voir

N°64

Novembre 2008

Souvenirs de jeune citoyen (4)

Voir

N°66

Mars 2009

Souvenirs de guerre (1)

Voir

N°67

Mai 2009

Souvenirs de guerre (2)

Voir

N°70

Novembre 2009

Souvenirs de guerre (3)

Voir

N°71

Janvier 2010

Souvenirs de guerre (4)

Voir

N°72

Mars 2010

Souvenirs de guerre (5)

Voir

Vierge de Corbiac
Vierge de Corbiach
Bibliographie

.

Publications de J.J. Ruffiandis

11 - Janvier 1970 - Deuxième édition de la monographie "Un vieux village : Mosset."
12 - Juillet 1987  - Troisième édition de la monographie "Un vieux village : Mosset."
13 - 1936 - Carnets de route d'un ancien du 53e - imprimerie de l'Indépendant
14 - 1941 - 1942 - Allocutions du Chef de la Légion - Imprimerie de l'Indépendant
15 - 1941 - 1951 - "Souvenirs pour mes fils et petits fils" Edite en partie dans  Le Journal des Mossétans par Jean Llaury (à partir de Janvier 2001
16 - 1952 - 1956 - Molitg Campôme - Monographie de 180 pages manuscrites non éditée.
17 - 1953 -  L'Indépendant - Les articles de Ruffiandis dans l'Indépendant des 22 et 23 07 1953 03, 04 ,10 et 16 08 1953. signés J. Duffrasini.

Références

21 - 1956 - In Mémotiam
22 - 1994 - Terra Nostra - N°89,90
23 - 1996 -
Terra Nostra - N°91,92
24 - 1998 -
Terra Nostra - N°93,94,95,96

25 - Janvier 1999 - Le journal des Mossétans N° 5 : Un humaniste catalan Jacques - Joseph Ruffiandis par Michel Arrous.
26 - Janvier 2001 (à partir de ) - Edition dans Le Journal des Mossétans par Jean Llaury des "Souvenirs pour mes fils et petits fils" de Jacques - Joseph Ruffiandis
27 - 2001 -
Le 53e Régiment d'Infanterie de Perpignan dans la tourmente de la première guerre mondiale de renaud Martinez - Edition l'Ahence
28 - 2008 - Love and War in the Pyrenees de Rosemary Bailey

Autres pages de ce site
1 - Biographie
2 - Guerre 1914-1918 - Le 53e - J.J. Ruffiandis
3 - Mosset vieille cité - Tramontane. Janvier Avril 1970

 
Mis à jour le 03/02/2017
Retourner au contenu | Retourner au menu