Le vingtième siècle d'un village pyrénéen - Fin de ciècle - Histoire de Mosset

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Le vingtième siècle d'un village pyrénéen - Fin de ciècle

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FIN DE SIÈCLE


D
e 1947 à la fin du siècle, Mosset ne connaîtra que trois maires. Il est vrai que Louis Soler va rester à la Mairie de 1947 à 1982. Élu en octobre 47 il sera reconduit en 53, 59, 65, 71 et 77, ne démissionnant, pour cause de santé, que fin 1981. Le conseil municipal change mais Soler est toujours là. En fin politique il sait éliminer les oppositions. Je ne crois pas que le village ait eu à se plaindre de ce long règne.

Les municipalités Soler vont amorcer la modernisation du village. Les rues seront asphaltées ou bétonnées, donc plus faciles à entretenir. Il faut dire que la disparition progressive des animaux va faciliter cette propreté et dès les années 60 il n'y a plus de cochons à Mosset. Il n'y a plus de poules dans les rues, les chèvres ont disparu et les animaux qui restent sont cantonnés dans les fermes ou à la périphérie du village.

Quand on pense que jusqu'en 1922 aucun véhicule, sauf les brouettes, ne pouvait accéder au château faute de chemin carrossable, car la route actuelle ne date que de 1923. Cette route ne s'est pas faite d'ailleurs sans nombre de difficultés car elle devait passer à travers les jardins qui, à l'époque, étaient d'un grand intérêt pour nos ménagères. Merci aux hommes qui ont su vaincre ces difficultés.

L'adduction d'eau qui s'est avérée insuffisante après la guerre va faire l'objet d'un nouveau projet qui sera mené à bien. Et enfin Soler va, avec sa municipalité, faire aboutir un projet qui lui tenait à cœur : créer une station de ski. A un kilomètre du Col de Jau, dans la forêt de hêtres et de sapins, va naître ce que René Mestres, au cours d'une interview, va qualifier de "la plus petite station de ski du monde". Malheureusement l'enneigement de Mosset n'est pas toujours suffisant et il est des hivers où la station ne peut pas ouvrir. Il s'agit d'un remonte-pente et d'une descente en forêt très modeste d'environ 800 mètres, d'une buvette avec grande salle d'accueil, de quoi satisfaire quelques familles les mercredis et les week-ends ou pendant les vacances d'hiver. Il existe maintenant un itinéraire d'une vingtaine de kilomètres pour ski de fond.

Le vieux cimetière est devenu trop exigu et il est trop difficile d'inhumer quelqu'un sans déranger quelque mort antérieur, et impossible d'accorder des concessions. La commune va donc acquérir un terrain du côté de l'ancienne usine électrique et construira un nouveau cimetière qui correspondra tout à fait aux nécessités des inhumations modernes. Concessions tombales, tiroirs d'inhumation, terrain commun, etc. En bref une très belle réalisation. Là encore il aura fallu des années d'études, de discussions, de projets, de polémiques, le choix des différents sites ayant été controversé avec des expertises et des contre-expertises. L'important étant que le projet ait abouti.

Cette réalisation était devenue d'autant plus urgente que les enterrements sont, désormais, plus nombreux que les naissances. Mariages et baptêmes se font rares, et si ce n'était l'apport extérieur, le village dépérirait sérieusement. Cet apport extérieur se concrétise par la venue d'amoureux du village, comme la famille Perpigna, dont tous les membres bâtiront leur maison, et de personnes qui apprécieront la tranquillité de la campagne, la modicité des loyers et la qualité de l'environnement.
Ce qui était impossible il y a cinquante ans : habiter au village tout en travaillant ailleurs, est aujourd'hui facile grâce aux possibilités de déplacement, ce qui fait que les quelques locations possibles ne sont jamais vacantes.

Mais Mosset va connaître également l'apport de vrais étrangers. Les premiers furent Anglais et en cette fin de siècle une bonne dizaine de maisons doivent appartenir à des Britanniques. Il y aura également les Hollandais, les Belges, les Suisses, les Espagnols (nos proches voisins). Bref Mosset va devenir rapidement une commune d'Europe et cette situation inspirera notre institutrice, Lydie Bousquet, (la maîtresse d'école, comme on disait avant-guerre, devenue aujourd'hui professeur des écoles) qui, dans une pièce de théâtre, mettra en relief cette inter-communauté européenne.

Sous les municipalités Soler les projets se réalisent petit à petit : la création du Foyer Rural, celle de la Salle des Fêtes avec la réfection de la Mairie, création d'une réserve de chasse car le gibier se raréfiait alors que le nombre de chasseurs augmentait, suppression de la bascule publique.

Pendant ce temps le cheptel diminue toujours ; il semble qu'on aille vers l'extinction. Dans les années 70 on connaîtra le remembrement. Ce dernier est devenu nécessaire par suite de la trop grande parcellisation des biens mais il sera loin de faire l'unanimité. Dans ce genre d'affaire tout le monde voudrait être gagnant et il y aura toujours des mécontents.

Dans le domaine de la propreté du village, on peut dire que les rues sont de mieux en mieux entretenues et plus propres. Les ordures ménagères sont régulièrement ramassées et emportées à la décharge, mais dès 73 on envisage de les amener à Prades avec suppression de la décharge mossétoise.

En 75 la petite station de ski fonctionne, gérée par la commune. La municipalité acquiert le terrain Corcinos. L'exploitation de ce dernier va poser des problèmes : d'argent d'abord, d'équipement ensuite et ce n'est qu'en fin de siècle qu'on trouvera le moyen de le rendre utile. Sous l'impulsion de René Mestres, qui est devenu maire adjoint, va naître une Association Touristique avec reconnaissance de nombreux sentiers de randonnée. Un centre de montagne verra le jour au Caillau avec hébergement et alimentation possibles. Une base de départ pour les excursions en haute montagne vers la Balmette, le Madres ou les étangs de Nohèdes.

Pour l'équipement collectif nous verrons l'installation d'une cabine téléphonique sur la place, des bancs métalliques vont faire leur apparition, des fontaines ou des réservoirs vont être refaits, le chemin du cimetière sera asphalté, la façade de l'école sera refaite, on aménagera des salles à la place des préaux, tout en préservant l'espace pour les élèves. On parlera, dès le début des années 80, de développement touristique, d'Office Intercommunal du Tourisme, de station touristique en vue du Madres, autant de projets nécessitant de gros investissements, pour quelle rentabilité ?

En réalité René Mestres, qui deviendra maire en 82, le premier maire non paysan du village, se demande comment maintenir en vie ce village qu'il aime et qui ne peut plus vivre de l'agriculture. Il mettra donc au point de nombreux projets touristiques, misant, comme beaucoup de régions, sur cette dernière industrie : le tourisme et les profits qu'il génère.  Malheureusement, pour cela il faut une bonne infrastructure hôtelière et ce n'est pas le cas de Mosset où l'hôtel-restaurant de la Castellane change pratiquement d'exploitant tous les ans, alors que la "Petite Auberge" va fermer. Par ailleurs les propriétaires des maisons inoccupées ne sont pas loueurs, pour la plupart, ce qui fait qu'un important potentiel d'hébergement demeure inactif.

D'autre part, René et ses conseillers ont du pain sur la planche : gestion des différents emprunts, gestion de la forêt et des coupes, industrielles et affouages, routes forestières, demandes de subventions, chemins ruraux et vicinaux, entretien de l'école, location des logements du presbytère et de l'école, entretien du cimetière et concessions, fixation des taxes d'habitation, foncière, professionnelle, mise en place du POS (plan d'occupation des sols)

Dans les années 80 la commune va acquérir l'hôtel-restaurant de la Castellane et entreprendre les travaux de rénovation avant de le donner en gérance. C'est là que commenceront les ennuis. En même temps seront entrepris les travaux d'assainissement, le réseau d'égouts sera créé et les travaux s'étendront sur plusieurs années.

En somme nos municipalités ne se sont pas croisé les bras et chacune a eu sa part dans les progrès du village. Depuis René Mestres, les intellectuels ont pris le relais des paysans à la tête de la commune, René étant un ancien "prof". Il restera maire jusqu'en 95, où il ne sollicitera pas le renouvellement de son mandat. Le village lui devra beaucoup pour les efforts qu'il a faits pour le maintien de sa population. Il a redonné vie au village, soutenu par son épouse Yvonne, grande animatrice, qui a pris l'initiative du Comité des Fêtes, qui a présidé à la restauration de la Capelleta et des manifestations qui s'y déroulent, qui a relancé la foire de Mosset tombée en désuétude. Merci Yvonne pour votre dévouement alors que vous n'êtes pas née mossétoise mais que vous l'êtes devenue de cœur !

Le dernier maire du siècle sera également un intellectuel, ingénieur à Perpignan, Alain Siré. Ses racines dans le village sont représentées par sa grand-mère et sa belle-mère, toutes deux filles de Mosset.

Il faut croire que ce village de Mosset est prenant car Alain va s'investir également à fond dans la gestion de la commune.

Avant tout ce sera un maire de communication car il va créer un Bulletin d'Information pour tenir ses administrés au courant des différents projets, ce qui n'avait jamais été fait. On pourrait tenir rigueur aux différentes municipalités d'avoir travaillé trop souvent dans le secret, les délibérations municipales n'étant pas suivies par le public, seuls étaient affichés les arrêtés municipaux autorisant ou interdisant ceci ou cela.

Mais la grande réalisation de cette fin de siècle sera l'aménagement du terrain Corcinos. Sur ce terrain est en train de s'ériger la nouvelle Mairie, j'allais dire l'Hôtel de Ville, avec sa grande salle des fêtes, des parkings, le jardin des senteurs et la Maison des Parfums, des Arômes et du Goût.

Dans l'ancien Foyer Rural une bibliothèque a été aménagée, mettant à la disposition des villageois de nombreuses œuvres, des disques et des vidéos.

Le Bar-Restaurant de la Castellane semblait avoir trouvé un gérant sérieux en la personne d'Olivier, assisté de son épouse, Stéphanie, qui sont par ailleurs propriétaires d'une maison dans le village.  Mais encore une fois Olivier va passer la main et le nouvel exploitant, Alain, nous vient de Marseille. Souhaitons-lui bonne chance. Un petit établissement de ce genre, pour un village de montagne, est un lieu de vie et d'animation indispensable au même titre que l'épicerie et la boulangerie, les seuls commerces encore en activité intra muros. Sous le village, entre Mosset et Campôme, deux autres activités apportent un peu d'animation : la "ferme-auberge du Mas Lluganas" et le Club hippique "Saint Georges". Il vient de se créer une laiterie sous l'égide d'Isabelle.

Ceci écarte, ou à tout le moins éloigne, la crainte de voir mourir ce beau village.

Deux saisons, été et hiver, totalement opposées, distinguent cette fin de siècle de son début, la coupure se situant lors de la deuxième guerre mondiale 39/45. Je m'explique : avant guerre le village est très peuplé en hiver, car seuls les bergers se rendent aux cortals pour nourrir le bétail lorsque celui-ci hiberne sur place. Les rues sont animées, les écoliers sont nombreux et courent les rues après la classe, les ménagères vaquent à leurs occupations quotidiennes, les animaux traversent le village, les veillées prolongent les journées raccourcies, les cafés sont très animés certains soirs, le crieur public fait sa "cride" tous les soirs. A l'inverse, l'été le village est dépeuplé, les rues quasi désertes, l'école fermée, les cafés oubliés, tout le peuple paysan est aux champs et notamment dans les fermes, les estivants inexistants.

Fin de siècle c'est tout le contraire et on croirait que les saisons se sont interverties. L'hiver, à cause de la télévision, vous ne trouvez plus personne dehors après 17 heures et n'allez pas vous casser une jambe dans certaines rues, vous risqueriez d'attendre longtemps un quelconque secours. Par contre, l'été, non seulement les authentiques mossétois aiment flâner dehors, mais surtout les beaux jours ramènent au village les "expatriés" en retraite, leurs descendants, une foule d'estivants et le village renaît sous l'effet de cette animation marquée par de nombreuses manifestations tant artistiques que commerciales ou culturelles.

Mosset jouit aujourd'hui d'un entretien général qu'il ne connaissait pas dans le passé : des rues propres, une distribution d'eau suffisante, des maisons agréables tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, bref si nos arrière-grand-mères réapparaissaient tout à coup elles ne reconnaîtraient pas leur village en se demandant où sont passés les cochons, les chèvres, les poules, les lapins et autres animaux domestiques, et pourquoi on ne va plus chercher l'eau à la fontaine ni laver "la bugade al reig de la ville" et ne voyant plus de feu, elles se demanderaient avec quoi on cuit les aliments ; quant à la disparition du four ce serait la pire des catastrophes puisqu'il n'y aurait plus de pain. Non, à l'exception de quelques frayeurs devant la télévision, je crois que nos grand-mères accepteraient bien le progrès car on s'habitue vite au confort. Pensez seulement aux désagréments provoqués par une simple panne d'électricité, ou un arrêt de l'eau au robinet. Pour le peuple de cette fin de siècle une grève de la télévision est déjà mal ressentie et je n'ose imaginer une longue panne durant la dernière Coupe du Monde de Football qui a mis les téléspectateurs en transes.

 
Mis à jour le 03/02/2017
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