8 - La peste - Histoire de Mosset

Rechercher
Aller au contenu

Menu principal :

8 - La peste

Divers > Bibliographie > Bousquet Jean

MOSSET AU TEMPS DE LA PESTE


Claude BELMAS

Il existe au Pla de Pons, près du cortal Grill, une roche gravée mais que le temps efface progressivement et qui porte l'inscription suivante :

"Assi en lo cortal de Joan I.OYGA es estat abaracat per la peste"

texte gravé daterait de 1653. Il est difficile aujourd'hui d'y deviner la date, mais les sources historiques semblent la confirmer.

1653 fut une année terrible pour les habitants de Mosset car une épidémie de peste y fit des ravages dans la population. Le chiffre des morts atteignit 500 soit près de la moitié de la population.

En fait, ce n'était pas la première fois que la Catalogne était victime de ce fléau puisque quatre périodes épidémiques ont été dénombrées : une de 1560 à 1564, une autre de 1596 à 1592, une troisième de 1628 à 1632, enfin la dernière de 1643 à 1654. D'ailleurs sur les registres de décès de Mosset il est noté un doublement de ceux-ci pour les années 1630/1632, ce qui semble correspondre à la troisième vague épidémique qui atteignit le sud de la France. Le point le plus bas de la population mossétane fut atteint en 1553 : 21 feux, alors que l'on sait qu'à la fin du 15 siècle la population était de 60 feux.  Cependant il n'y a pas trace de phénomène de peste à cette date.
Que s'est-il donc passé cette année là ? S'agit-il d'autres maladies, de famine, de fuite massive de la population et pourquoi ?

Mais revenons à l'épidémie de 1653 : elle serait survenue en janvier, provenant de Céret pour atteindre le Conflent.  En fait, elle aurait été importée dans notre région par des marchands venant du Quercy, puis ayant séjourné à Narbonne. Elle se propagea très rapidement trouvant un terrain propice, à cette époque, par le manque d'hygiène, la promiscuité, le mauvais état nutritionnel et la méconnaissance totale de la cause et de la transmission.

"El morbo",
c'est ainsi qu'on l'appelle, est décrit à cette époque comme une association de fièvre, vomissements, d'apparition de bubons "vertoles", de charbons"carboncles", de pétéchies "picas". Le fléau se propage rapidement et crée un état de terreur dans la population qui fuit. Mais fuient aussi les médecins, le clergé, et parfois les édiles. Les morts ne sont plus enterrés et l'épidémie se propage encore plus vite. Pour remédier à tout cela un responsable est désigné le "batte del morbo" qui applique toutes les mesures nécessaires : fermeture des portes, éloignement des mendiants et des colporteurs, nettoyage des rues, quarantaine. Quant à la médecine, elle utilise toujours les même moyens, quelle que soit d'ailleurs la maladie, à savoir : saignées, purges, fumigations et surtout une préparation à base d'une quarantaine de plantes et de produits animaux, le tout enrobé de miel : "la thériaque". Les mesures préventives se résument en l'abstention du vin, d'œufs et de débordements passionnels !

C'est ainsi que se présente dans la France du 16 et des 17 ème siècles cette redoutable maladie et c'est sûrement ainsi qu'elle sévit à Mosset pour enfin s'épuiser en novembre 1653. Pour se représenter ce que furent de tels fléaux et les terreurs qu'ils engendrèrent il faut rappeler qu'au printemps 1650 le nombre de morts fut de 30.000 à Barcelone et que la moitié de la population Perpignanaise disparut.

On peut, bien sûr, se poser la question de savoir si tout ce qui était désigné sous le nom de peste correspondait bien à la maladie dont l'agent responsable, un bacille, ne devait être découvert qu'en 1894 par le médecin français d'origine suisse Yersin et l'agent transmetteur, la puce, le réservoir du bacille étant le rat. Il est tout à fait raisonnable de penser que des épidémies de typhoïde, de choléra, pouvaient être désignées par ce terme de peste.

Après 1720 et le grand ravage provoqué par cet agent infectieux en Provence, où il fit quarante mille morts à Marseille, on ne connut plus la peste sous forme de grande épidémie en France.


feux :
désigne un groupe de quatre personnes en moyenne
bubons : ganglions lymphatiques suppurés
charbons : zone de gangrène cutanée
localiséeétéchies : point hémorragique sous-cutané

Quelques lectures

"Le visage de la mort dans les Pyrénées Catalanes"
Raymond
Sala. (Éditions Économisa)

"Les Malheurs des Temps"
Jean
Delumeau. (Larousse)

"Le Crépuscule catalan - Évolution économique et sociale des comtés au 17 et 18 siècle"
In "Le pays Catalan" - Alice Marcet

"La
Population Catalane de 1553 à 1717"
J.
Nadal et Giralt

"Le peuplement de la vallée de Mosset"
In "Études Roussillonnaises" Tome
XV 1997
Carole Puig                                 




 
Mis à jour le 03/02/2017
Retourner au contenu | Retourner au menu