Le vingtième siècle d'un village pyrénéen - Us et coutumes - Histoire de Mosset

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Le vingtième siècle d'un village pyrénéen - Us et coutumes

Divers > Bibliographie > Bousquet Jean


US ET COUTUMES


A
u début du siècle, notre langue est le catalan. Les enfants sont élevés dans cette langue et n'apprennent le français qu'en allant à l'école. Il est dommage que l'on se soit contenté du catalan oral, sans la moindre référence écrite, ce qui fait que de nos jours, nous, catalans, avons quelques difficultés à lire notre propre langue et encore plus de difficultés à l'écrire correctement. On a même failli l'abandonner vers le milieu du siècle et il est heureux que quelques "purs" l'aient sauvegardée.

Par contre, chez nos amis catalans du Sud, ceux de la Catalogne espagnole, la langue n'a jamais été aussi vivace. Et il ne s'agit pas, comme certains pourraient le croire, d'un dialecte ou d'un patois, mais bien d'une langue reconnue par l'Assemblée Européenne de Strasbourg.

Donc, à la naissance nous parlons, ou plutôt nous parlerons, catalan et ce pendant encore deux générations. Ce n'est que dans les années 30 que les parents s'adresseront en français à leur progéniture. Néanmoins, si ces enfants sont élevés au village ou en Roussillon, le catalan continuera à sonner à leurs oreilles et ils n'auront aucune difficulté à le comprendre et éventuellement à le parler, mais toujours pas à l'écrire. Il faudra attendre la deuxième moitié du siècle pour qu'il revienne à l'honneur et qu'il soit même accepté au "bac" en tant que langue régionale, au même titre que le provençal et le breton.

Dès lors, les chants catalans vont se multiplier, les chansons de nos ancêtres vont revenir sur le devant de la scène, le "Pessebre", cette fameuse nuit de la nativité, la crèche vivante, va enchanter les mossétois grâce à Michel Perpigna qui, non seulement le fera célébrer en notre paroisse, mais encore l'écrira pour les générations futures.

Nous parlons catalan mais il est une autre coutume à laquelle nous ne dérogeons jamais, nous vouvoyons nos parents. C'est une simple question de respect, le vouvoiement étant naturel entre les générations, du plus jeune au plus vieux, tout comme le tutoiement du plus ancien au plus jeune. Cette coutume restera vivace, dans le domaine familial, jusqu'à la guerre de 39. Ce vouvoiement, qui n'avait rien à voir avec les coutumes de la noblesse de l'ancien régime, n'éloignait pas du tout les enfants de leurs parents ou grands-parents, comme pourraient le croire certains, les liens étaient encore plus solides qu'aujourd'hui.

Autre usage qui paraîtrait anormal de nos jours, les mariages se font en noir. Le marié est naturellement en costume noir, costume qu'il essayera de conserver longtemps, il faut l'amortir, mais l'embonpoint ne tardera pas à faire sauter les boutons. La mariée est également en noir avec une robe très belle et, encore une fois, il en sera ainsi jusqu'au mi-siècle.

Le public assistait au mariage civil (le seul légal) et au prononcé de l'union par le maire, la foule criait "Que se fassi" signifiant ainsi qu'il n'y avait pas d'opposant.

La cérémonie à l'église revêtait son caractère solennel et le cortège, entre la mairie et l'église, distantes d'une trentaine de mètres, faisait l'admiration des nombreux curieux dont quelques-uns assistaient à la messe, tandis que les autres attendaient la sortie. La raison de cette attente, en plus de l'admiration pour les beaux habits des assistants, était la distribution de dragées que le père de la mariée lançait à la volée à la foule.

Le soir, après un formidable repas de noce, quelques chansons et quelques danses, le jeune couple avait hâte de se retrouver en tête-à-tête. Il disparaissait, laissant parents et amis continuer la fête. Cependant, vers minuit, la noce se mettait à la recherche des mariés pour leur porter "al rouillou", coutume qui consistait à venir sabler le champagne, souvent remplacé par du vin doux, dans la chambre des nouveaux mariés. Le jeu, pour ces derniers, était de trouver une chambre secrète, chez des parents ou des amis, afin que les autres ne les trouvent pas. Ils y arrivaient parfois mais il est très difficile, dans un village, de garder longtemps un secret et les joyeux fêtards arrivaient presque toujours à leurs fins.

Coutume aussi que celle de la criée, "la cride", qui permettait en premier lieu à la municipalité de proclamer la "loi" par la voix du crieur public et, en second lieu, de permettre à chacun de faire savoir à la population ce qui était susceptible de l' intéresser comme pertes, trouvailles, ventes, achats. Le crieur public au service de la mairie était rémunéré à l'année, alors qu'au service des particuliers il devait être rétribué par le demandeur. La "cride" avait lieu en fin d'après-midi, lorsque les paysans étaient rentrés chez eux, afin que tout le monde soit au courant. Il y avait exception, cependant, lorsqu'un marchand ambulant, tissus, chaussures, vaisselle, poisson, étamage, voulait signaler sa présence. Dans les années 50, Manaut était crieur public mais il cumulait cette fonction avec plusieurs autres : balayeur des écoles, remonteur de l'horloge, garde-champêtre, sonneur de cloches. Manaut avait dû abandonner le catalan pour le français car les estivants, pas forcément catalans, étaient de plus en plus nombreux durant la belle saison. Il faisait d'ailleurs la joie des jeunes en estropiant quelques mots, notamment lorsqu'il annonçait le titre du film que le cinéma ambulant proposait pour le soir même. Comme les foyers de Mosset n'étaient pas encore dotés de la télévision, ce cinéma ambulant eut un succès certain, succès sacrifié sur l'autel de l'omniprésente télé.

L'étameur, qui semble avoir disparu de nos jours, passait assez fréquemment, à la joie des enfants qui se groupait autour de lui, sous le porche de l'église, son lieu de prédilection pour exercer son métier. On lui portait des couverts, des casseroles, des plats métalliques qu'il rendait brillants et comme neufs. Les enfants, groupés autour du modeste feu de charbon que l'étameur avait allumé pour fondre l'étain, étaient fascinés par les différentes opérations auxquelles ils assistaient : nettoyage à l'acide de l'ustensile, séchage rapide à même le feu, plongée dans le bain d'étain et l'ustensile était rutilant et plus beau que neuf.

Autre disparition d'un métier également traditionnel, magnifiquement illustré par Fernandel dans REGAIN, celui de rémouleur. Lors de son passage, il n'avait pas un grand succès car nos paysans savaient, depuis toujours, aiguiser leurs outils et leurs couteaux. S'il n'avait pas toujours une meule, le paysan avait au moins une pierre à aiguiser, ne serait-ce que pour sa faux. Faux, faucilles, serpes, haches, coutelas, couteaux de cuisine ou de poche, nombreux étaient les outils à couper, trancher et sectionner dont l'usage nécessitait un entretien permanent. Au sujet du couteau de poche, tout paysan digne de ce nom se devait d'avoir un couteau pliant dans sa poche en toutes circonstances. A partir de l'adolescence, le fait de ne pas posséder son couteau, risquait de s'attirer l'ironie des autres. Le couteau pliant n'était pas un outil féminin et, lors de repas en extérieur, les femmes ne devaient pas oublier d'emporter un couteau de cuisine pour leur usage personnel.

Nos ménagères faisaient sécher les peaux de lapins, ce qui permettait à un autre personnage de se manifester, le marchand de peaux de lapins, qui était tout heureux, à l'occasion, de récupérer une peau d'agneau ou de mouton. Cette profession était souvent dévolue à quelques gitans qui y ajoutaient de temps à autre la collecte de vieux vêtements. La peau de lapin se payait entre cinq et dix sous, tandis que l'agneau valait beaucoup plus cher, deux ou trois francs, voire jusqu'à cinq francs : "un douro"

Encore un personnage remarquable de la première partie du siècle, le rempailleur de chaises. Dans nos maisons, il n'y avait guère que des sièges en paille et, forcément, le temps et l'usage détérioraient les chaises. Le rempailleur trouvait à chaque passage de quoi s'occuper quelque temps et les habitants étaient heureux de ces services rendus.

Coutume encore le foulard noir des femmes. Nos paysannes étaient vêtues de sombre et elles avaient la tête toujours couverte d'un foulard noir noué sous le menton. En été cette coutume était contestable car tout le monde sait que le noir absorbe la chaleur mais nos villageoises n'en avaient cure. Seules les jeunes filles ou jeunes femmes arboraient des foulards de couleurs claires. Nos aïeules s'affublaient également de larges jupons qui, très utiles l'hiver, ne pouvaient que contribuer à la transpiration en été. L'habillement traditionnel des hommes était marqué surtout par le pantalon de velours côtelé l'hiver et de toile bleue l'été, accompagné du tricot noir à boutons, tricoté par l'épouse.

En parlant de tricot, je crois avoir dit que nos ménagères tricotaient beaucoup : bas, chaussettes, tricots, gilets, cache-nez, foulards. Les producteurs de laine portaient à Prades, à la filature qu'on appelait "la mécanique", de la laine brute qu'on leur rendait en fuseau. Par conséquent, le coût de cette laine n'était que celui de la filature, c'est la raison pour laquelle la laine était présente partout dans la maison et dans l'habillement. La filature se chargeait naturellement de teindre la laine, la couleur la plus employée étant le noir.

En plein été, aujourd'hui, hommes et femmes exposent leur corps au soleil, le plus découvert possible, voire entièrement nu. Nos paysans ne s'exposaient au soleil que par nécessité et dès que c'était possible, ils regagnaient un coin d'ombre. L'idée d'exposer son anatomie aux rayons solaires leur aurait paru saugrenue : C'était bon pour se brûler la peau ou attraper une bonne insolation.  Qu'elle idée absurde, n'est-ce-pas ?

 
Mis à jour le 03/02/2017
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