Vernet Benjamin - Généalogie de Mosset

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Vernet Benjamin

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Vernet Benjamin (1863-1935)

Curé de Mosset de 1917 à 1935


Vernet Benjamin (1863-1935) curé de Mosset de 1917 à 1935
Né le 13 février 1863 à Mosset, Benjamin Vernet est le fils de André Vernet (1821-1895), instituteur originaire de Catllar et de Marie Estève (1829-1894) de Mosset. Il est le troisième de cinq enfants. Son frère Théodore (1851-1931) aura été lui aussi, dix ans plus tôt, prêtre. Deux de ses sœurs, à l'exemple du père seront institutrices : Eugénie (1850-1929) et Alexandrine (1856-1931). La dernière, Marie eut un fils, André Ville, mathématicien, élève de la rue d'Ulm à Paris. Il n’y a pas des descendant.

Rapport d'inspection primaire, le 10 juin 1872, concernant l'instituteur André Vernet, de l'école publique de garçons de Mosset, père du futur curé (1T445)
"Les élèves ont presque tous les cheveux extrêmement longs, ils sont mal peignés, c'est à dire ne sont pas peignés du tout. Ils ont la figure et les mains remplies de crasse et de terre. Le fils de l'instituteur (Benjamin, 9 ans) a la chevelure plus longue qu'aucun autre élève.
J'ai fait à l'instituteur des observations très sérieuses ; il rejette la faute sur les parents ; mais je lui ai fait remarquer que son fils se tient beaucoup plus mal que d'aucun autre élève et qu'il mettrait à lui seul le désordre dans la classe s'il n'y était pas déjà. Le fils de l'instituteur est en effet, d'une dissipation incroyable et ne respecte personne. Pendant l'inspection j'ai dû lui faire plusieurs observations. Il fait partie de la première division : or j'avais recommandé à tous les élèves de suivre attentivement la lecture que nous faisions et de chercher la réponse aux questions de grammaire, d'analyse, de sens des mots etc.… Afin que chacun fût en mesure de répondre. Tous les élèves se montrèrent très attentifs sauf le fils de l'instituteur, qui causait ou dérangeait ses voisins. Je lui fis deux observations très sévères qui ne produisirent aucun effet ; Alors je le fis sortir de la classe.
M le curé m'a dit qu'il avait dû un jour le renvoyer du catéchisme. M Vernet ne sachant pas gouverner son fils obtiendra difficilement l'obéissance et la soumission des autres élèves. On m'a affirmé que dans des répétitions, où prenait part un certain nombre d'élèves, il arrivait souvent que le fils de l'instituteur se levait au milieu d'une explication et s'en allait en sifflant."

Première Communion le 30-05-1875
Il fait sa communion à 12 ans avec l’abbé Daniel Sucases curé de Mosset.

Service militaire
Tableau de recensement de tous les jeunes gens de la classe 1883, certifié conforme par le maire, Dr Cantié, le 15/01/1884. N° 97
Sait lire et écrire et compter
Élève ecclésiastique
Faible de constitution
Il demande de passer le conseil de révision à Périgueux mais le passe à Perpignan.
Il est exempté pour maladie organique du cœur. ( Archives de la mairie de Mosset et ADPO 1R115)

Ordination
Il est ordonné en 1887 et dit immédiatement sa première messe à Mosset en présence du curé desservant Daniel Sucases, curé de Mosset de 1870 à 1900. .
Vicaire à Exideuil en Dordogne (24160), de 1887 à 1890, puis desservant à Laboissière (Dordogne) en Dordogne de 1890 à 1891

Professeur au Petit Séminaire de Perpignan
Quitte la Dordogne pour raison de santé, affection d'estomac et laryngite chronique, et revient en Roussillon pour bénéficier d'un climat plus doux.
Professeur au Petit Séminaire de Perpignan en 1891, avec un traitement annuel de 600 francs. N'a pas d'autres revenus et ne possède aucune propriété.
La maladie dont il est affecté, laryngite chronique, s'est aggravée par suite des fatigues de l'enseignement.
Le 02/08/1894, adresse au Ministère du Culte une demande de secours. Sa demande de secours est acceptée le 13/11/1894 : 200 Francs.
Vicaire à Thuir en 1894 (ADPO 1V85)
Une nouvelle demande de secours fait l'objet d'une enquête, de laquelle il ressort que : " la conduite de cet ecclésiastique est restée à l'abri de tout reproche. Son traitement annuel est de 450 francs. A perdu son père et sa mère en 3 mois au début 1895. "
Il renouvelle ainsi chaque année sa demande de secours, jusqu'en 1905. Grâce à son opiniâtreté, il obtient un rendez-vous avec le préfet du département et écrit plusieurs lettres, elles ont quasiment toutes été satisfaites.

Vicaire à Thuir
On apprend ainsi qu'à Thuir, il ne reçoit aucune indemnité de la fabrique, qu'il n'a pas droit au casuel (Revenu attaché aux cérémonies religieuses) et qu'il doit donc se suffire des 450 francs de traitement de l'état. Il a la charge "presque exclusive d'une jeune sœur, à laquelle il n'a été possible de faire accorder jusqu'à sa majorité, qu'une insuffisante pension de 200 francs à titre d'orpheline d'ancien instituteur. " (Nota : au décès de ses parents vers 01/1895, la " jeune sœur " est Léontine Marie Vernet, future mère de André Ville, le mathématicien, âgée de 19 ans),
Il reçoit aussi l'aide d'un député qu'il a connu en Dordogne. Le certificat médical, établi le 26/05/1896, par le Docteur de Massia, mentionne que sa " laryngite chronique exige un repos absolu de l'organe vocal et un traitement par les eaux. " (Nota : les de Massia sont propriétaires de l'établissement thermal de Molitg),

Prêtre desservant à Fenouillet
Il ne fait pas de politique (selon le Maire de Fenouillet où Benjamin Vernet est desservant en 1897) mais en 1900 " il ne sait pas entretenir de bonnes relations avec la municipalité républicaine de Fenouillet."
Il fait l'objet, le 29/05/1902, d'une enquête spéciale du ministère de l'intérieur qui indique que " cet ecclésiastique est assez bien estimé dans la commune. Bien qu'étant considéré comme réactionnaire, il n'a jamais attaqué publiquement le gouvernement de la République. "
" Ce desservant n'a pas de fortune personnelle, néanmoins il aiderait sa servante, une veuve, à entretenir son fils au petit séminaire de Prades.
La famille Vernet, dont le père était instituteur, se compose de 5 enfants. L'aînée des filles (Eugénie) est institutrice à Molitg. La plus jeune (Marie) est avec son frère (Théodore) desservant à Ansignan. L'autre (Alexandrine) âgée d'environ 45 ans, est mariée à M. Quès, propriétaire à Mosset. Cette dernière, alors institutrice à Taurinya, passait pour être la maîtresse de l'Abbé Oriol, qui vers 1881, fut condamné aux travaux forcés pour avoir empoisonné deux bigotes à l'effet de s'emparer de leur fortune.
Aux dernières élections législatives, il a conservé une entière neutralité. "
Prêtre desservant en 1899 à Fenouillet (159 habitants) dont il est le curé depuis 1896. ( Bibliothèque diocésaine - Ordo) jusqu’en 1905.

Séparation de l'église et de l'état en 1905
Lettre
de Monsieur l'Abbé Benjamin Vernet de Fenouillet le 28-05-1905 à l'évêque.
.Lors de l'enterrement civil du père du maire, Monsieur Bourrel, mort subitement et l'abbé Vernet étant absent, les cloches ont été sonnées sur ordre du maire. Le corps du défunt a été porté à l'église et des prières ont été récitées. La plus grande partie de la population s'est abstenue de participer au sacrilège. Au cimetière le sinistre Bouillon prononça un discours. L'église étant interdite la question se pose de célébrer la messe dans un local proposé par des personnes.
L'évêque confirme l'interdiction et accepte que la messe soit célébrée dans un local. . (Bibliothèque diocésaine - Liasse Fenouillet - N°39)

Lettre de Monsieur l'Abbé Benjamin Vernet de Fenouillet le 08-05-1905 à l'évêque.
Il demande s'il doit laisser faire le maire et le trésorier de la Fabrique pour inventorier les biens de l'église. Ils se sont mis d'accord pour ne pas tout déclarer . La plupart des objets ont déjà été retirés de l'église et il ne reste plus que l'indispensable.
Les objets enlevés seront signalés par le maire comme appartenant à des particuliers. (Bibliothèque diocésaine - Liasse Fenouillet - N°38)

Prêtre desservant à Saint-Nazaire jusqu’en 1917

Prêtre desservant à Mosset
Lettre de Monsieur Gaudérique Grau
, soldat, 53e R.I. 30e Cie à Monseigneur Corsalade du Pont, évêque :
"Perpignan le 04-02-1917
Monseigneur,
J'ai l'honneur de porter à la connaissance de Votre Grandeur les faits suivants ainsi qu'il m'a été conseillé, par Monsieur votre secrétaire particulier, que j'ai vu le 18 janvier.
La paroisse de Mosset, canton de Prades, se trouve depuis la mobilisation dans le plus complet délaissement religieux. Et cela au grand détriment des fidèles. J'ai eu déjà l'honneur d'attirer l'attention de Votre grandeur sur ces faits lors de l'audience qu'elle daigna m'accorder il y a quelques temps. J'y reviens aujourd'hui, Monseigneur, en termes plus puissants, afin que Votre Grandeur veuille remédier dans la mesure du possible à cet état.
Depuis le départ de Mosset de l'abbé Alphonse Adroher, nous n'avons plus de prêtre et le curé de Campôme, qui doit assurer le service de la paroisse de Mosset, paraît empêché de le remplir. On ne le voit pour ainsi dire jamais.
Pour la fête de saint Julien, célébrée avec solennité dans la paroisse, on l'avait prié de venir célébrer la messe. Afin qu'il ne se fatiguât pas, une voiture lui avait été affectée à cet effet. Il n'est pas venu. De même pour la fête de saint Sébastien.
C'est à peine si de temps en temps, le dimanche, il vient dire la messe.
L'administration des sacrements est aussi négligée. A part les enterrements nous ne pouvons obtenir sa présence. Trois petits enfants de la paroisse sont actuellement sans baptême, Françoise Grau, ma fille née en octobre 1916, Isidore Grau, mon neveu, né en août 1916 et le troisième, étranger à ma famille enfant illégitime.
Et je n'ajoute pas, Monseigneur, la fâcheuse répercussion, qu'a sur la fréquentation des sacrements le manque de pasteur. A ce point de vue, la paroisse baisse de plus en plus. Quand par hasard, le dimanche, nous avons une messe, les gens du village déshabitués n'y vont pas.
J'ose insister auprès de Votre Grandeur pour qu'elle examine avec bienveillance nos réclamations et si c'est possible, nous donner un pasteur ou tout au moins faire assurer le secours religieux à cette paroisse.
Et dans l'attente que mon appel sera entendu j'ai l'honneur, …" (Bibliothèque diocésaine - Liasse Mosset - Document 52)

Sur sa demande l'Administration diocésaine nomme l'abbé Benjamin Vernet curé de sa paroisse natale, Mosset.
«le nouveau curé vient prendre possession de son poste, Mosset, comme toutes les populations françaises, était dans une très grande désolation par le fait de la grande guerre contre l'Allemagne que nos vaillants soldats gagnèrent glorieusement un an plus tard.
Pendant les deux ans qui s'écoulèrent entre le départ de Monsieur Adroher et l'arrivée de l'abbé Vernet, la paroisse de Mosset fut desservie par le curé de Campôme.
Prêtre très énergique et souffrant de l'incompréhension de ses paroissiens de Saint-Nazaire, Monsieur l'Abbé Vernet voulait venir finir ses jours à Mosset avec son frère Théophile, prêtre comme lui et retiré prés de lui.
Infatigable malgré son âge quelque peu avancé, il entreprit de restaurer son église en très mauvais état.
Devant l'indifférence des paroissiens, à répondre à son appel, un sérieux problème se posait : où trouver l'argent nécessaire pour faire face à une si grosse dépense ?
Bien d'autres se seraient découragés et n'auraient rien fait mais cet excellent prêtre avait le zèle de la maison de Dieu tellement ancré dans son âme qu'il ne recula devant aucun effort ni aucun sacrifice.
Après avoir dépensé une partie de ses modestes économies et voyant son œuvre inachevée, il fit appel à plusieurs personnes généreuses et que Dieu avait favorisé des dons de la fortune. Son cri de détresse fut entendu et les offrandes arrivèrent de partout, d'Amérique même. Avec cet appui pécuniaire, il put se remettre immédiatement à l'œuvre.
Cette église si belle que le temps et l'incurie de la municipalité avaient laissé tomber presque en ruine fut restaurée depuis le pavé jusqu'à la voûte, y compris la sacristie et les vitraux. D'ailleurs voici relaté par lui-même le détail des dépenses qu'il a réalisées. : vitraux : 7964.10 F, sacristie : 1691 F, sanctuaire : 3290 F, Maître autel : 9784.9 F, carrelage de la nef : 3852 F, objets du culte : 5633.9 F, chaises Stella : 7000 F, total : 39155.90 F.
Il employait ses forces à ranimer la foi chez ses compatriotes mais il n'y arrivait pas pleinement étant donné l'état d'esprit de la population.
Après avoir dirigé pendant 18 ans la paroisse de Mosset, le bon et fidèle serviteur alla rejoindre son frère dans le ciel le 20 décembre 1935.
Celui qui écrit ces lignes se fera un devoir de réaliser un désir, cher à l'abbé Benjamin Vernet, en restaurant la petite chapelle de l'immaculée conception.»
Remarque : " L'incapacité de la municipalité " vise le conseil municipal dirigé par François Pujol, maire de Mosset de 1925 à 1940, conseil qui succéda à celui de Isidore Monceu, plus à droite. (Archives de la mairie de Mosset - Liste des curés et des vicaires qui ont administré l'église de la paroisse de Mosset de 1407 à 1944 - Rédacteur Jean Perarnaud)

Nécrologie M. l'abbé Benjamin Vernet - Bulletin Paroissiale de Mosset - Février 1936
Extrait du " Bulletin Paroissial " mensuel de Mosset de Février 1936 envoyé au JDM par Jean Baptiste Corcinos (frère de Germaine) à Tarbes.
" Un automne humide et froid, confiant ses dernières heures aux premières journées de l'hiver, a occasionné une mort nouvelle dans les rangs du clergé de Perpignan.
Monsieur l'abbé Benjamin Vernet, curé de Mosset a été terrassé le 13 décembre dernier, par le froid... Une paralysie partielle et une congestion cérébrale ont eu vite raison de ses énergies vitales. Il est décédé le 20 décembre. Entouré des siens et de ses amis, le cher défunt a reçu tous les soins et tous les secours religieux en pleine lucidité d'esprit.
Que de vides dans les rangs du clergé ! Monsieur l'abbé Benjamin Vernet est le onzième inscrit sur la liste nécrologique du diocèse, en l'année 1935. Comme du sang des martyrs sont nés de nouveaux chrétiens, pouvons-nous espérer que de ces morts sortiront de nouvelles vocations pour combler tant de vides ? De tout notre cœur, nous le demandons à Dieu ! Ils le demanderont aussi, ces ouvriers arrachés à la tâche, eux qui savent combien pauvre est le monde privé de la " lumière " du sacerdoce, combien triste la terre sans ce " sel " qui la purifie : le prêtre...
Bien que nécessairement fixées au dimanche matin 22 décembre, les obsèques de Monsieur l'abbé Benjamin Vernet ont revêtu un caractère de grandeur impressionnante. Dix prêtres sont là, dont quelques-uns venus de loin. Pasteurs vigilants, ils ont, de bonne heure, soigné leur troupeau et par de longs chemins, sous un ciel bas, chargé de brumes, ils sont venus, à l'édification de tous, porter au confrère défunt l'hommage d'une dernière prière, l'assurance d'un pieux et fidèle souvenir.
Après la levée du corps, présidée par Monsieur l'Archiprêtre de Prades, Monsieur le Curé de Molitg, dont la verte vieillesse rappelle les patriarches de jadis qui étaient jeunes à son âge, monte à l'autel pour chanter la messe, entouré d'un diacre et d'un sous-diacre. Monsieur l'Archiprêtre monte en chaire et devant la foule qui emplit l'église de dimensions importantes, et belle parmi les plus belles, il rend un dernier hommage au souvenir du cher défunt " aimé de Dieu et des hommes "... En termes éloquents, il chante le prêtre animé du " zèle des âmes ", dévoré du " zèle de la maison de Dieu ". Par ses enseignements et par ses œuvres, surtout par l'église qu'il a si bien restaurée, " daffinctus adhuc loquitur ", Monsieur l'abbé Benjamin Vernet parle encore à ses paroissiens "... A ceux-ci de lui garder un pieux souvenir !

A son tour, à la fin de la cérémonie funèbre, M. l'abbé Abadie a écrit une magnifique page à la mémoire de celui qui l'honorait de sa plus fidèle amitié. Il s'est plu à relever en lui l'intellectuel et l'artiste :
Mes chers amis,
L'amitié a parfois des devoirs bien pénibles à remplir... c'est le lot qui m'échoit en ce moment...
Vieil ami de Monsieur l'abbé Benjamin Vernet, votre cher et vénéré curé, que nous pleurons ensemble, je dois, au nom de sa famille, au nom de mes confrères et au mien, vous remercier des obsèques triomphales que vous lui avez faites aujourd'hui.
Ce n'est que justice pour lui... Il y a aussi honneur pour vous.
Monsieur l'abbé Benjamin Vernet fut un fils aimant sa petite patrie, pour ce Mosset qu'il connut dès ses plus tendres années, dans cette atmosphère de jadis, où l'amour unissait tous les cœurs, faisant rayonner la paix et le bonheur dans chaque foyer.
Ce souvenir d'un passé qu'il avait vécu, il aimait le rappeler dans ses conversations... mieux encore il a, de tous ses efforts, travaillé à le faire revivre parmi vous.
Il n'est que de soulever un coin de voile, qui cache son existence essentiellement active, pour admirer l'inlassable dévouement dont il vous a entourés.
Monsieur l'abbé Benjamin Vernet était un intellectuel... Il était persuadé que les idées mènent le monde et que, plus que jamais, les esprits ont besoin, plus que les corps, d'être soignés et guéris...
Aussi, en vertu de sa charge pastorale et pour la satisfaction intime qu'il en éprouvait, il a jeté autour de lui et à pleines mains, comme le semeur son blé dans le sillon, ces rayons de foi, d'espérance et de charité chrétienne qui, seuls, engendre dans les âmes ces " forces spirituelles " que le monde désaxé impérieusement réclame, pour arracher la société à la cruelle emprise de barbarie dont elle souffre.
Éducateur complet, s'il favorisait l'éclosion de la saine vérité et de l'amour divin dans ceux qu'il aimait, Monsieur l'abbé Benjamin Vernet ne dédaignait pas, pour les soulager, de s'incliner sur les corps qui souffraient, luttant de nuit et de jour, contre toutes atteintes de maladies ou d'épidémies qui visitaient les foyers de sa chère paroisse.
Quels sont, je vous le demande, les intérieurs où votre cher Curé, dont le diagnostic était puissant, n'a, une fois ou l'autre, pénétré pour prodiguer les soins les plus délicats, les mieux éclairés ? ...
De son désintéressement je n'ai pas besoin de parler... Vous qui en avez bénéficié, vous m'êtes témoins qu'il fut complet.
- " A peine revenu de la guerre - me disait quelqu'un ces jours derniers - ma femme fut atteinte de la grippe espagnole... Monsieur l'abbé Vernet l'a soignée et sauvée ! ". Combien d'autres pourraient fournir le même aveu !
Sous ce double aspect, notre cher ami, par son action, a cherché à réaliser l'antique adage : " Mens sana in corpore sano ", développer " une âme saine dans un corps sain ". Œuvre digne de celui qui fut votre Curé pendant 18 ans... Oeuvre, que les pouvoirs publics ont reconnu, en le décorant du "Mérité des épidémies "...
En soulevant un autre coin du voile qui cache la vie de notre ami, nous découvrons en lui une âme d'artiste.
Placé sur ce promontoire avancé de la vallée de la Castellane, face au " monastère de Corbiac " au sud, au " monastère du Col de Jau " au Nord, Monsieur l'abbé Benjamin Vernet aimait lire dans un passé vieux de dix siècles ; il aimait voir les moines défrichant les terres, ces terres les meilleures que vous possédez et cultivez avec ardeur ; il entendait la cloche du " Monastère " sonner dans la nuit, aux heures des tourmentes de neige ou de vent, pour appeler les voyageurs égarés vers ce refuge sûr et les sauver des malfaiteurs organisés en compagnies " qui ravagèrent longtemps ce passage naturel entre France et Espagne.
Des ruines accumulées par le souffle révolutionnaire plutôt que par le temps autour de ces deux monastères, Monsieur l'abbé Vernet a ramené l'antique statue de " Notre-Dame de Corbiac " dans l'église Paroissiale, tandis qu'il plaçait celle du " Monastir " sur une porte de défense de la cité, pour qu'elle en fût la souveraine gardienne...
Des ruines et des décombres de l'antique cité il a dégagé la vielle église du village primitif, " la Capelleta ", qu'il a réparée et rendue au culte.
Et de votre église paroissiale, bâtie par vos ancêtres aux environ de 1630, il a su faire un véritable bijou. Elle était, à sa venue au milieu de vous, mangée par la lèpre du temps et de l'abandon... Il en a fait une beauté, une des plus belles églises du diocèse.
Ah ! Mes amis, avez-vous conscience de la somme d'efforts que votre cher Curé a dû produire pour obtenir de tels magnifiques résultats ? Peut-être non ! Je puis vous renseigner, d'après les confidences qu'il m'a faites : Monsieur l'abbé Benjamin Vernet a dépensé plus de 50.000 francs dans ces diverses réparations ! ... Somme énorme, d'autant plus précieuse qu'il l'a cueillie en se faisant " mendiant " pour sa paroisse, pour ce cher Mosset que, par une délicatesse d'ami et de compatriote, il a voulu laisser à l'écart de toute contribution.
Ah ! Le vide énorme créé parmi vous par la mort de votre cher Curé ! ... Vous l'avez déjà compris... Il était de ces hommes qu'on ne remplace pas !
Lorsque le soir tombe sur les sillons ensemencés, qu'une à une les chaumières s'éclairent de feux incertains, le paysan, encore courbé par l'effort, jette un dernier regard sur son champ, comme s'il lui en coûtait de le quitter... Dans ce dernier regard, empli d'une saine fierté, scintille l'amour et le respect de l'homme de la terre pour le sol nourricier...
Monsieur l'abbé Benjamin Vernet est mort au milieu de vous, à la tâche. Ouvrier lui aussi, dans le champ du père de famille il a, au soir de sa vie, regardé son œuvre... Il l'a trouvée belle, sans doute, mais encore inachevée - " Je dois encore restaurer la voûte des chapelles de l'église ", me disait-il. Réuni avec ses fidèles à la Capelleta, le 8 de ce mois, il s'écriait : " La Capelleta, nous la restaurerons ! Oui ! Nous la restaurerons ! " .
A vous, mes chers amis, légataires de toutes ces beautés et des suprêmes désirs de notre défunt d'achever ce qui manque à cette œuvre ! Vous le devez par reconnaissance pour celui qui fut votre Curé dévoué, votre glorieux compatriote et votre insigne bienfaiteur... Vous le devez pour l'honneur et la grandeur de votre petite patrie. "

L'abbé Benjamin Vernet (1863-1935) a été enterré au centre du vieux cimetière de Mosset avec son frère Théophile. Les pierres tombales endommagées ont été déplacées et réunies avec celles des sœurs Vernet et des parents à droite en entrant. On peut encore lire les noms de Marie (1829--1894) et André (1821-1895), Théophile (1851-1931 et des sœurs Eugénie (1850-1929) et Alexandrine (1856-1931 - veuve Joseph Quès, arrière-arrière-arrière grand-père de Michel Quès, rendue célèbre par l'affaire dite " du curé de Nohèdes ", village où elle fut institutrice.

Hommage d'Albert Bausil (1881-1943) paru le 21 février 1935 dans l'hebdomadaiez perpignanais Le Coq Catalan.

Benjamin Vernet a été professeur au Petit Séminaire de Perpignan de 1891 à 1894. En 1894 Bausil avait 13 ans.

 
Mis à jour le 27/07/2017
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